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	<title>Fragments, chutes et cons&#233;quences.</title>
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		<title>nuit, 60</title>
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		<dc:subject>nuit</dc:subject>



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                <img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton861.jpg?1441373198' width='50' align='left' hspace='5' alt='nuit, 60'/>
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                ]]>
                
&lt;p&gt;Nuit de ne plus comprendre rien, &#224; ce qu'on nous dit, &#224; ce qu'on lit. Les mots sont l&#224;, les phrases se suivent avec un sens qui &#224; la fois est sensible, et &#233;chappe, parfois il y a un lisible mais si pauvre, l'essence du texte, voil&#224;, l'essence &#233;chappe, s'&#233;vapore, ou alors elle est peut-&#234;tre absente d&#232;s le d&#233;part, on respirait en vain un monde vide, et en fait ce texte est peut-&#234;tre mauvais, tout simplement incoh&#233;rent &#8212; non ce n'est pas &#231;a, c'est que, par exemple, c'est que ce texte technique (&#8230;)&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton861.jpg?1441373198' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nuit de ne plus comprendre rien, &#224; ce qu'on nous dit, &#224; ce qu'on lit. Les mots sont l&#224;, les phrases se suivent avec un sens qui &#224; la fois est sensible, et &#233;chappe, parfois il y a un lisible mais si pauvre, l'essence du texte, voil&#224;, l'essence &#233;chappe, s'&#233;vapore, ou alors elle est peut-&#234;tre absente d&#232;s le d&#233;part, on respirait en vain un monde vide, et en fait ce texte est peut-&#234;tre mauvais, tout simplement incoh&#233;rent &#8212; non ce n'est pas &#231;a, c'est que, par exemple, c'est que ce texte technique est parfaitement clair, le bureau G2 dans l'organigramme de la direction du Tr&#233;sor par exemple, son r&#244;le central dans le syst&#232;me de la dette, les rapports &#233;troits et les guerres de Palais possibles avec les bureaux F4 et B1. Tout cela est expliqu&#233;, sch&#233;matis&#233;, illustr&#233;, tr&#232;s clairement. &lt;br/&gt; Quel jour sommes-nous demain ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>nuit, 59</title>
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		<dc:subject>ville</dc:subject>
		<dc:subject>nuit</dc:subject>
		<dc:subject>Annie Ernaux</dc:subject>



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                <![CDATA[
                <a href='https://fragments.jsene.net/spip.php?article860'>
                <img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton860.jpg?1440778387' width='50' align='left' hspace='5' alt='nuit, 59'/>
                </a>
                ]]>
                
&lt;p&gt;Nuit de panne de courant, rues noires, appareils &#233;teints, repos des machines, un silence en plus, et le corps aux aguets, &#224; cause des meubles noirs dans la nuit de l'appartement, &#224; cause des &#233;chos des solitudes qui arrivent par la fen&#234;tre et par &#224;-coup, et puis plus rien pendant de longues minutes noires, &#224; cause de l'exceptionnel qui brise ce qui coulait de jour en jour ; &#234;tre sur ses gardes : que pourrait-il se passer ? Quoi, apr&#232;s la fin de la lumi&#232;re ? Quoi de plus terrible &#8212; forc&#233;ment (&#8230;)&lt;/p&gt;

                </description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton860.jpg?1440778387' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nuit de panne de courant, rues noires, appareils &#233;teints, repos des machines, un silence en plus, et le corps aux aguets, &#224; cause des meubles noirs dans la nuit de l'appartement, &#224; cause des &#233;chos des solitudes qui arrivent par la fen&#234;tre et par &#224;-coup, et puis plus rien pendant de longues minutes noires, &#224; cause de l'exceptionnel qui brise ce qui coulait de jour en jour ; &#234;tre sur ses gardes : que pourrait-il se passer ? Quoi, apr&#232;s la fin de la lumi&#232;re ? Quoi de plus terrible &#8212; forc&#233;ment plus terrible &#8212; apr&#232;s ? Un tremblement de terre ? Un accident nucl&#233;aire ? La disparition de la Lune ? La fin de la rotation terrestre ? Sa mort ou la sienne ? La mort de tout ? Ou la fin de la coupure et le retour &#224; la normale ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Toutes les images dispara&#238;tront.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Annie Ernaux.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.franceculture.fr/emission-un-ete-d-ecrivains-annie-ernaux-15-2015-07-20&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Annie Ernaux&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>nuit, 58</title>
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		<dc:date>2015-08-23T20:04:11Z</dc:date>
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		<dc:subject>ville</dc:subject>
		<dc:subject>nuit</dc:subject>
		<dc:subject>fen&#234;tre</dc:subject>



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                <![CDATA[
                <a href='https://fragments.jsene.net/spip.php?article859'>
                <img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton859.jpg?1440360028' width='50' align='left' hspace='5' alt='nuit, 58'/>
                </a>
                ]]>
                
&lt;p&gt;Nuit de fen&#234;tres ouvertes de bruits lointains et &#233;touff&#233;s par la chaleur des assiettes qui s'entrechoquent, quelqu'un appelle quelqu'un, un moteur part pas de vent presque rien tout est arr&#234;t&#233; sauf les &#233;toiles qui tournent le courant qui circule la ville qui fonctionne quelques doigts sur un clavier la silhouette sur le trottoir l&#224;-bas, seuls bruits de pas &#224; entendre, dans sa d&#233;marche quelque chose d'un vieux film, press&#233;, guind&#233; ailleurs l'eau sort chaude avec un go&#251;t de tuyau et quelqu'un (&#8230;)&lt;/p&gt;

                </description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton859.jpg?1440360028' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nuit de fen&#234;tres ouvertes&lt;br/&gt;
de bruits lointains et &#233;touff&#233;s par la chaleur&lt;br/&gt;
des assiettes qui s'entrechoquent, quelqu'un appelle quelqu'un, un moteur part&lt;br/&gt;
pas de vent&lt;br/&gt;
presque rien&lt;br/&gt;
tout est arr&#234;t&#233;&lt;br/&gt;
sauf les &#233;toiles qui tournent&lt;br/&gt;
le courant qui circule&lt;br/&gt;
la ville qui fonctionne&lt;br/&gt;
quelques doigts sur un clavier&lt;br/&gt;
la silhouette sur le trottoir l&#224;-bas, seuls bruits de pas &#224; entendre, dans sa d&#233;marche quelque chose d'un vieux film, press&#233;, guind&#233;&lt;br/&gt;
ailleurs l'eau sort chaude avec un go&#251;t de tuyau&lt;br/&gt;
et quelqu'un s'en plaint&lt;br/&gt;
par une autre fen&#234;tre dans la cour&lt;br/&gt;
quelqu'un d'autre parle sans savoir, il sait ne pas savoir, mais ne peut s'emp&#234;cher de parler, parce que ses auditeurs ne lui demandent pas de savoir mais de parler, il est tard, il est le seul &#224; disposer encore de cette &#233;nergie, de lancer des hypoth&#232;ses, de faire semblant d'en v&#233;rifier quelques unes, c'est un jeu qui l'amuse, gagnant &#224; tous les coups, toujours raison, sans effort, cela en demande &#224; l'auditoire captif, qui &#233;coute et essaye de comprendre, de suivre chaque id&#233;e mais c'est &#233;puisant parce que tout n'a de sens que dans l'esprit de celui parle, et cela avant qu'il ne prononce les paroles, un sens interne, arbitraire et sans lien avec le sujet finalement prononc&#233;, parole flottante et association d'id&#233;es qui font jaillir dehors des fragments de pens&#233;es en d&#233;sordre et sans lien visible avec ce qui, si on pouvait y avoir acc&#232;s, faisait ce sens bancal &#224; l'int&#233;rieur, et c'est de retrouver un sens, n'importe lequel, de lire ce qu'il dit, qui est &#233;puisant et vain et aboutit pour chacun &#224; un r&#233;sultat diff&#233;rent, et le moindre partage de compr&#233;hension entre les auditeurs aggraverait encore la situation, ils se taisent&lt;br/&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;malgr&#233; la chaleur&lt;br/&gt;
et la joie que ce serait&lt;br/&gt;
aucun grillon&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>nuit, 57</title>
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                <a href='https://fragments.jsene.net/spip.php?article858'>
                <img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton858.jpg?1440096796' width='50' align='left' hspace='5' alt='nuit, 57'/>
                </a>
                ]]>
                
&lt;p&gt;Nuit de quelques plan&#232;tes roulant sur leur chemin des Dieux, parmi elles deux se croisent au-dessus du pont, la jeune fille en robe rouge a couru pour arriver &#224; temps les voir se toucher et briller d'autant plus, alors de l'autre c&#244;t&#233; la rive semble plus sombre et, plus tard, ici aussi, o&#249; les corps se fr&#244;lent sur l'&#233;troit sentier, les lampadaires ont &#233;t&#233; sabot&#233;s, les peaux tremblent.&lt;/p&gt;

                </description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton858.jpg?1440096796' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nuit de quelques plan&#232;tes roulant sur leur &lt;a href=&#034;http://www.astronomes.com/lhistoire-de-lastronomie/le-mouvement-apparent-des-planetes/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;chemin des Dieux&lt;/a&gt;, parmi elles deux se croisent au-dessus du pont, la jeune fille en robe rouge a couru pour arriver &#224; temps les voir se toucher et briller d'autant plus, alors de l'autre c&#244;t&#233; la rive semble plus sombre et, plus tard, ici aussi, o&#249; les corps se fr&#244;lent sur l'&#233;troit sentier, les lampadaires ont &#233;t&#233; sabot&#233;s, les peaux tremblent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>nuit, 56</title>
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		<dc:subject>nuit</dc:subject>
		<dc:subject>bitume, goudron, p&#233;trole brut &#233;mulsifi&#233; sous toutes ses apparences</dc:subject>



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                <![CDATA[
                <a href='https://fragments.jsene.net/spip.php?article856'>
                <img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton856.jpg?1439587544' width='50' align='left' hspace='5' alt='nuit, 56'/>
                </a>
                ]]>
                
&lt;p&gt;Route noire comme un fleuve refl&#233;tant la nuit, fatigue &#224; 130 km/h et la douceur de s'imaginer s'endormir, le cotonneux sentiment que toute douleur finira, qu'une pl&#233;nitude, comme celle de rouler seul sur une autoroute de nuit
&lt;br class='autobr' /&gt;
viendra, que la sortie de route sera comme de rouler sur le c&#244;t&#233; dans son lit pour trouver enfin la position du sommeil ; comment une telle situation de danger peut-elle engendrer des sensations si molles ? Se frotter les yeux et tenir plus fort volant, guetter la (&#8230;)&lt;/p&gt;

                </description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton856.jpg?1439587544' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Route noire comme un fleuve refl&#233;tant la nuit, fatigue &#224; 130 km/h et la douceur de s'imaginer s'endormir, le cotonneux sentiment que toute douleur finira, qu'une pl&#233;nitude, comme celle de rouler seul sur une autoroute de nuit&lt;br class='autobr' /&gt;
viendra, que la sortie de route sera comme de rouler sur le c&#244;t&#233; dans son lit pour trouver enfin la position du sommeil ; comment une telle situation de danger peut-elle engendrer des sensations si molles ? Se frotter les yeux et tenir plus fort volant, guetter la prochaine aire de repos, se dire que l'&#233;volution n'a pas pr&#233;vu ce cas, la folie de ce d&#233;placement dangereux dans un habitacle chaud et vibrant, un ventre lanc&#233; &#224; 36 m&#232;tres par seconde o&#249; s'endormir enfin : c'est un fragment infime de la folie de ceux qui avaient comme forces la foudre et le vent, les mar&#233;es et le soleil, la gravit&#233; et l'&#233;lectromagn&#233;tisme, toutes litt&#233;ralement &#224; port&#233;e de main, et qui ont &#233;t&#233; chercher la &lt;a href='https://fragments.jsene.net/spip.php?article617' class=&#034;spip_in&#034;&gt;fission de l'atome&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>nuit, 55</title>
		<link>https://fragments.jsene.net/spip.php?article857</link>
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		<dc:date>2015-08-09T21:24:26Z</dc:date>
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		<dc:subject>ville</dc:subject>
		<dc:subject>nuit</dc:subject>



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                <![CDATA[
                <a href='https://fragments.jsene.net/spip.php?article857'>
                <img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton857.jpg?1439155325' width='50' align='left' hspace='5' alt='nuit, 55'/>
                </a>
                ]]>
                
&lt;p&gt;Juin t&#244;t avant le lever du soleil, entre quatre et cinq, beaucoup de sommeil encore derri&#232;re les volets et quelques fen&#234;tres entrouvertes, et dehors rien que deux ou trois travailleurs matinaux qui partent, et nocturnes qui rentrent, autant de t&#234;tes coiff&#233;es vont &#224; la mosqu&#233;e et puis plus rien que le ciel qui s'ouvre, un bruit de moteur, lointain, de temps &#224; autre, souligne le calme, le silence. Voil&#224;, c'est &#231;a quatre heures du matin : le bleu qui s'ouvre, le silence, et l'&#233;cho des quelques (&#8230;)&lt;/p&gt;

                </description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton857.jpg?1439155325' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Juin t&#244;t avant le lever du soleil, entre quatre et cinq, beaucoup de sommeil encore derri&#232;re les volets et quelques fen&#234;tres entrouvertes, et dehors rien que deux ou trois travailleurs matinaux qui partent, et nocturnes qui rentrent, autant de t&#234;tes coiff&#233;es vont &#224; la mosqu&#233;e et puis plus rien que le ciel qui s'ouvre, un bruit de moteur, lointain, de temps &#224; autre, souligne le calme, le silence. Voil&#224;, c'est &#231;a quatre heures du matin : le bleu qui s'ouvre, le silence, et l'&#233;cho des quelques silhouettes qui disparaissent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>nuit, 54</title>
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		<dc:date>2015-08-01T03:42:30Z</dc:date>
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		<dc:subject>nuit</dc:subject>
		<dc:subject>visage</dc:subject>
		<dc:subject>Marcel Proust</dc:subject>



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                <![CDATA[
                <a href='https://fragments.jsene.net/spip.php?article855'>
                <img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton855.jpg?1438399801' width='50' align='left' hspace='5' alt='nuit, 54'/>
                </a>
                ]]>
                
&lt;p&gt;L'esprit s'&#233;teint, et avec lui les diff&#233;rents souvenirs du jour qui nous bercent, comme si le cerveau faisait inventaire, v&#233;rification et l&#224;, quelque chose se passe qui nous inqui&#232;te, c'est un visage dont nous ne pouvons distinguer les traits, le souvenir du visage est l&#224;, il passe l&#224;, avec le nom et les sensations li&#233;es &#224; ce qui nous rapprocha de lui ce jour, mais en m&#234;me temps le visage lui-m&#234;me, les traits qui le caract&#233;risent sont abstraits de la m&#233;moire, il n'est pas l&#224; et il est (&#8230;)&lt;/p&gt;

                </description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton855.jpg?1438399801' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'esprit s'&#233;teint, et avec lui les diff&#233;rents souvenirs du jour qui nous bercent, comme si le cerveau faisait inventaire, v&#233;rification et l&#224;, quelque chose se passe qui nous inqui&#232;te, c'est un visage dont nous ne pouvons distinguer les traits, le souvenir du visage est l&#224;, il passe l&#224;, avec le nom et les sensations li&#233;es &#224; ce qui nous rapprocha de lui ce jour, mais en m&#234;me temps le visage lui-m&#234;me, les traits qui le caract&#233;risent sont abstraits de la m&#233;moire, il n'est pas l&#224; et il est impossible par la concentration de parvenir &#224; restituer pr&#233;cis&#233;ment ses formes distinctives, comment sont les joues, la forme du nez, les proportions, jusqu'&#224; la couleur des yeux ; il ne reste que l'id&#233;e de cette personne, de son visage, et l'angoisse de l'oublier nous saisit : si nous la croisions &#224; nouveau et par hasard lors d'une occasion nous ne pourrons pas la reconna&#238;tre ? Et que dire lorsqu'il s'agit du visage aim&#233;, que nous savons ne pouvoir oublier mais dont les traits sont, au moment de vouloir se souvenir, inaccessibles, c'est comme perdre le langage &#224; ce moment l&#224;, pourtant il semble que &lt;a href=&#034;https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Proust_-_%C3%80_la_recherche_du_temps_perdu_%C3%A9dition_1919_tome_3.djvu/81&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;tous les visages&lt;/a&gt; sont un peu comme &#231;a, en nous, m&#233;moris&#233;s sans traits distinctifs, sans rien de physique, c'est la personne et non son portrait photographique que l'on transporte avec soi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>nuit, 53</title>
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		<dc:subject>bitume, goudron, p&#233;trole brut &#233;mulsifi&#233; sous toutes ses apparences</dc:subject>



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                ]]>
                
&lt;p&gt;M&#234;me le scooter press&#233; semble avoir le bruit de son moteur att&#233;nu&#233; par le simple fait que c'est la nuit, parce qu'il n'y a pas que les couleurs qui chuchotent : tout murmure. Des tremblements de terre aux cris terrifi&#233;s des enfants, des rires de beuveries aux avions qui survolent la ville, tout bruit semble adoucit par la nuit, &#233;loign&#233; dans l'&#233;cho, comme si c'&#233;tait la lumi&#232;re qui transportait le son, jusqu'au silence du noir complet. D'une onde l'autre.&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton854.jpg?1437766930' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;M&#234;me le scooter press&#233; semble avoir le bruit de son moteur att&#233;nu&#233; par le simple fait que c'est la nuit, parce qu'il n'y a pas que les couleurs qui chuchotent : tout murmure. Des tremblements de terre aux cris terrifi&#233;s des enfants, des rires de beuveries aux avions qui survolent la ville, tout bruit semble adoucit par la nuit, &#233;loign&#233; dans l'&#233;cho, comme si c'&#233;tait la lumi&#232;re qui transportait le son, jusqu'au silence du noir complet. D'une onde l'autre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>nuit, 52</title>
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&lt;p&gt;C'est la petite phrase, la petite phrase qui revient, qui revient juste avant le sommeil, la petite phrase qui a touch&#233;, qui a marqu&#233;, qui a bless&#233;, et &#231;a vif sur le coup et que nous pensions aussit&#244;t oubli&#233;e, mais la nuit elle revient remuer dans la plaie, la petite phrase, elle interdit le repos, la petite phrase juste, trop juste, qui ne peut pas &#234;tre contredite, plus maintenant, c'est la pire nous ne pouvons pas la retirer de la plaie, elle y a sa place et il nous faut payer pour la (&#8230;)&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton852.jpg?1437599102' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est la petite phrase, la petite phrase qui revient, qui revient juste avant le sommeil, la petite phrase qui a touch&#233;, qui a marqu&#233;, qui a bless&#233;, et &#231;a vif sur le coup et que nous pensions aussit&#244;t oubli&#233;e, mais la nuit elle revient remuer dans la plaie, la petite phrase, elle interdit le repos, la petite phrase juste, trop juste, qui ne peut pas &#234;tre contredite, plus maintenant, c'est la pire nous ne pouvons pas la retirer de la plaie, elle y a sa place et il nous faut payer pour la b&#234;tise qui nous l'a amen&#233;e, qui lui a ouvert la voie, la b&#234;tise uniquement n&#244;tre, qui nous a fait nous taire sur le moment, il nous faut alors payer pour &#231;a, pleurer et esp&#233;rer que le sommeil vienne enfin mais &#231;a ne suffit jamais, contre la force de certaines petites phrases, les pleurs, jamais, les petits phrases comme &#231;a, avec leurs niveaux de lectures nombreux qui ne se d&#233;voilent qu'&#224; mesure que la nuit avance, que la plaie suppure, augmentant notre douleur, notre veille forc&#233;e, la force de ces petites phrases, et puis le sommeil vient sans que nous le sentions, restent les petites phrases, et leur horreur informulable, encore pr&#233;sente au r&#233;veil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>nuit, 51</title>
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		<dc:subject>nuit</dc:subject>



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&lt;p&gt;La dispute &#233;clate sous la chape d'anonymat et de nuit, le sommeil a d&#233;j&#224; fait c&#233;der le barrage des &#233;motions, qui pressaient derri&#232;re, &#224; cette heure habituellement d&#233;volue au r&#234;ve et &#224; la sueur, elles se d&#233;versent et, dans ce mouvement, c'est &#224; la fois le soulagement que tout cela casse enfin, et la haine de ne pouvoir emp&#234;cher cette boue, la haine de l'impuissance de la raison qui ne pourra revenir qu'apr&#232;s que le torrent sera sec, c'est &#224; dire trop tard, quand les cris et les coups auront (&#8230;)&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;img src='https://fragments.jsene.net/IMG/logo/arton851.jpg?1437542252' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La dispute &#233;clate sous la chape d'anonymat et de nuit, le sommeil a d&#233;j&#224; fait c&#233;der le barrage des &#233;motions, qui pressaient derri&#232;re, &#224; cette heure habituellement d&#233;volue au r&#234;ve et &#224; la sueur, elles se d&#233;versent et, dans ce mouvement, c'est &#224; la fois le soulagement que tout cela casse enfin, et la haine de ne pouvoir emp&#234;cher cette boue, la haine de l'impuissance de la raison qui ne pourra revenir qu'apr&#232;s que le torrent sera sec, c'est &#224; dire trop tard, quand les cris et les coups auront bless&#233;s sans oubli, sans pardon possible, laissant des marques dans les creux du c&#339;ur, d&#233;figurant les joies. Il faudra se reposer, pardonner, reconstruire, oubliant que non loin le barrage se reconstruit aussi, avec les m&#234;mes fissures parce qu'il c&#233;dera &#224; nouveau, on ne sait quand, ni comment, dans l'angoisse aveugle d'une autre nuit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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