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Archives. ISSN 2428-6052.

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nuit, 36

mise en ligne : samedi 16 mai 2015

C’est ce genre de conversation où l’on abat un homme : plusieurs à parler de lui, sur lui, avec lui car il est là et tous sont là aussi, sur lui à l’abattre. Ce genre de conversation où la victime se moquera d’elle-même pour ne pas être exclue complètement, accepter les coups c’est rester avec les autres, au moins ça, pour ne pas, en plus, souffrir de la solitude, du bannissement, alors s’abattre soi-même, et mieux que les autres puisque se connaître soi-même permet bien pire que ce qu’ils tentent, c’est leur indiquer à quel endroit viser mieux, et se prolonge ainsi le dîner, l’apéritif, où l’on abat un homme. Il rentrera chez lui à minuit passé, à pied, tournant de rue en rue en espérant la violence de la ville, la violence sauvage de la trajectoire fantasmée d’un dealer ou assassin en cavale, en espérant croiser une route déjà presqu’au bout, entre deux lampadaires aux ampoules brisées, et puis bien sûr ne rien croiser qu’un chien en laisse et son maître endormi fumant une clope qu’il ne sent pas, et rentrer doucement avec aux lèvres le vague sourire de celui qui, au fond et tout simplement, comme si toute cette soirée n’avait été que rien, est encore indemne.

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Mots-clés

identité   mort   nuit  

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