Archives. ISSN 2428-6052.
Son visage est flou, il faut se lever pour aller le voir de près, le toucher, se rendre compte qu’il n’est pas seulement l’image ratée qu’il émet difficilement, mais peau, chair et os, à tâter, et puis on le relâche vite parce que les angles ramollissent à mesure qu’on cherche à les prouver, la peur de le faire disparaître complètement, ce visage sans voix, c’est rien qu’un visage, une bouche qui bouge comme bougent les bouches quand on manipule pour vérifier, mais sans plus, sans bruit, sans son, parole même pas virtuelle, et les yeux s’ils tournent dans leurs orbites et sont visqueux grâce aux paupières que l’on peut actionner bas, haut, bas, haut, n’émettent pas de son non plus, ni d’émotion particulière, pas le regard qu’on aimerait rendre parce que cela supposerait de se vider soi d’abord, de sons, de pensées, de souvenirs, de tout ce qui nous a retourné et fait vaciller, se vider de nos affolements et de nos cris, et une fois vidé rendre encore le peu qui nous reste, alors on referme ces paupières, on lâche ce corps de rien, on retourne s’asseoir loin, on le rend au flou, au trouble d’où il est venu, on attend, on attend encore un peu, l’obscurité.
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