Archives. ISSN 2428-6052.
C’est une injustice qui date de l’enfance, elle remonte soudain à vous réveiller, cette phrase dite avec autorité par une grande personne, cette phrase fausse mais que vous seul saviez fausse, vous et votre parole d’enfant, que d’un rire l’adulte, ce professeur par exemple, a pu anéantir, d’un rire par-dessus une phrase fausse, c’est ce qu’il a fait, il vous a annulé, et vous n’avez rien pu répondre, et cette annulation oubliée vous pèse soudain autant qu’elle a pesé ce jour-là, votre cœur est écrasé par le désir de disparaître, celui d’exploser et de crier Non ! désirs annulés eux-aussi dans la même destruction, ça remonte d’un coup, ça prend toute la place malgré les vingt ans, les cinquante ans écoulés, et le temps passé qui aurait dû effacer ça, vous rendre la liberté de cette parole volée, a au contraire augmenté la destruction puisque votre parole serait d’autant moins légitime aujourd’hui, incompréhensible, irrecevable, c’est le professeur qui aura raison pour l’éternité car cet instant où il écrasa durera tout le temps, il n’y aura jamais de réponse possible, votre silence et son dernier mot d’alors comptent pour toujours et rien ne pourra y remédier, aucune consolation, l’injustice est sans retour, plus puissante que la justice puisque celle-ci peut réparer, compenser, si elle est, comme il se doit, juste, et définie comme telle, dans un cadre, avec des limites, mais l’injustice, elle, ne connaît pas de cadre, est indéfinie, infiniment injuste, et annule donc, a priori même, toute justice, et la colère seule issue possible, la colère rentrée, honteuse pour l’enfant, et, peut-être, la colère agissante, politique, pour l’enfant devenu adulte.
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