Archives. ISSN 2428-6052.
février 2015
nuit
La fièvre, la nuit, il n’y a plus au monde que le corps de réel, parce qu’il souffre, toute accalmie est suspecte, quand rien ne se passe plus, c’est que c’est la mort qui est venue, alors la panique seule peut nous rendre vivant, et la fièvre revient, est accueillie, le réel autour n’est plus parce que le corps suffit et ce n’est plus une chambre à coucher, c’est tour à tour une chambre de question, un purgatoire, un point de solitude dans l’espace à des millions d’années-lumière de tout, et puis comme les dents claquent sous l’effet de la fièvre c’est la sensation plus forte que la douleur de savoir quelque chose, de cette chose particulière, cette notion, soudain éclate comme l’évidence et tandis que les poings serrent les draps toujours trop froid malgré la chaleur, ils serrent aussi cette chose, invisible en eux, mais qui les empêchent de se refermer complètement, c’est le monde qui est là dans nos poings, sa valeur de vérité possible et nécessaire et il faudrait quitter la maladie sans plus tarder pour noter cela, pour en parler mais cette connaissance venue, pure, intacte de toute interprétation étrangère, est encore inaccessible avec les mots, ce moment qu’on appellera délire après coup, et qu’on a pu appeler révélation, n’aura plus de sens, nous fera douter du sens qu’il eut alors, ces instants de vérité naturelle et brutale, d’une violence éphémère, seront dissipés sainement par le jour et quelques chasses d’eau.
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