Archives. ISSN 2428-6052.
18 mai 2013
Quand je lis Vies pøtentielles, de Camille de Toledo (publié chez Le Seuil/La Librairie du XXIe siècle), il m’arrive de trouver un personnage, qui était là depuis quelques lignes, un paragraphe peut-être, mais que je n’avais pas vu arriver. Et puis l’évidence que quelqu’un se tient là me fait revenir en arrière, ces quelques lignes, ce paragraphe, pour voir comment, si sournoisement, un personnage a pu arriver dans ce que je lis sans que je ne m’en aperçoive, un fantôme, un glissement d’être, pas plus. Il s’est glissé là, dans l’ombre des mots — une ombre sonore, qu’est-ce que c’est ? un écho peut-être, ou un silence volontaire — lus et prononcés dans ma tête, n’apparaissant devant mon œil intérieur qu’après un délai, me revenant.
Voici le début de la ramifiction Une Vierge noire.
Des strates insondables de symboles s’y sont dissimulés avec les siècles. Toute une épaisseur d’huiles sacrées, de sédiments, de signes empêche qu’elle n’apparaisse dans la clarté du jour. Si ce n’était pas une femme, une simple femme, on en parlerait comme d’une falaise ou d’une enluminure. Plusieurs âges seraient dévoilés, le saint et le profane, le sens de l’avenir et sa monstruosité. — page 185.
C’est le mot "femme" de la troisième phrase, qui indique que le "y" de la première phrase a quelque chose d’humain, le "elle" qui suit, avant "femme". Bien sûr, le titre du texte plaçait cela dés le début, mais comment savoir que le début ne parle pas d’autre chose ? Il est pourtant bien question de falaise, d’enluminure. C’est un mouvement propre à la lecture de ces textes (ces ramifictions), que d’avancer, de surprendre, de revenir, d’avancer à nouveau.
un temps de l’exil, un temps de la nostalgie manufacturée où des gens se sentent fatalement séparés des jours de leur enfanceUne ville d’hommes et de femmes édifiée sur des sédiments de fictions
Elle apprit donc à circuler entre les diverses qualités du silence
C’est en ces lieux inhabitables, tremblants, que je cherche à écrire
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